Le GPL est, année après année, le carburant le moins cher affiché en France. Il ne représente pourtant qu'une fraction marginale des pleins, et la plupart des automobilistes n'en ont jamais mis. Ce n'est ni un hasard ni un complot : c'est arithmétique, et la réponse tient en deux chiffres.
1,065 €
1 509 stations2,169 €
7 235 stations−51 %
en faveur du GPLPourquoi c'est si peu cher
Le gaz de pétrole liquéfié n'est pas un carburant raffiné comme les autres : c'est un sous-produit, récupéré à la sortie des raffineries et lors de l'extraction du gaz naturel. Sa chaîne de production est donc courte, et surtout, sa fiscalité est très inférieure à celle de l'essence et du gazole. L'accise sur le GPL carburant est une fraction de celle des carburants liquides, et c'est de là que vient l'essentiel de l'écart affiché à la pompe.
Cette fiscalité douce est un choix politique, motivé par les émissions : un moteur au GPL rejette moins d'oxydes d'azote et pratiquement pas de particules fines. La contrepartie, pour l'automobiliste, est qu'un choix politique peut changer, et que l'avantage n'est garanti par rien.
L'écart au litre n'est pas l'écart au plein
Voilà le deuxième chiffre, celui qu'on ne voit pas sur le panneau. Un litre de GPL contient environ un quart d'énergie en moins qu'un litre d'essence. Le moteur en brûle donc davantage pour parcourir la même distance : comptez de l'ordre de 20 % de consommation en plus, un peu moins sur une installation récente et bien réglée, un peu plus sur une ancienne.
Reprenons la même voiture, à 7,0 litres aux cent en essence, donc 8,4 litres en GPL :
- En essence : 15,18 € aux cent kilomètres.
- En GPL : 8,95 € aux cent kilomètres.
L'économie réelle est donc de 6,24 € aux cent kilomètres, soit 41 % du budget carburant, et non les 51 % que promet le panneau. C'est beaucoup, mais ce n'est pas moitié moins.
Le coût d'entrée
Deux chemins mènent au GPL. Le premier est d'acheter une voiture équipée d'origine, dite bicarburation : le réservoir est logé à la place de la roue de secours, le moteur démarre en essence et bascule seul. Le second est de faire installer un boîtier sur une essence existante, par un professionnel qualifié, avec un passage aux mines. Comptez plusieurs milliers d'euros dans le second cas : c'est un investissement d'un tout autre ordre que le boîtier E85, et il demande un kilométrage annuel élevé pour se rembourser.
Ajoutez l'entretien propre à l'installation : le réservoir a une durée de vie réglementée et doit être requalifié ou remplacé au terme, ce qui représente une dépense programmée qu'aucun autre carburant n'impose.
Le vrai obstacle : le réseau
C'est ici que la formule se casse, et le corpus le dit sans détour. Aujourd'hui, 1 509 stations affichent un prix du GPL, contre 7 235 pour l'E10. Une station sur 5 environ, donc, et elles ne sont pas réparties uniformément.
Concrètement, cela veut dire qu'un conducteur au GPL planifie ses pleins, ce que personne d'autre n'a besoin de faire. Sur un trajet quotidien connu, c'est sans importance : il suffit qu'une station soit sur la route. En vacances, dans une région qu'on ne connaît pas, c'est une contrainte réelle, et c'est pour cette raison que toutes les installations gardent un réservoir d'essence fonctionnel.
La page du GPL liste les stations qui en vendent, du moins cher au plus cher, et le classement national donne les cinquante premières. Regardez-y d'abord si votre trajet habituel en croise une : c'est la seule question qui décide vraiment.
Les idées fausses qui circulent
- « Le GPL est interdit en parking souterrain. » Cela a été vrai, et ne l'est plus de façon générale depuis que les réservoirs portent une soupape de sécurité. Certains parkings privés maintiennent toutefois leur propre interdiction, et c'est à vérifier là où vous vous garez, pas dans un guide.
- « Ça abîme le moteur. » Le GPL brûle plus proprement que l'essence et encrasse moins. Il chauffe en revanche davantage les sièges de soupapes sur certains moteurs anciens, ce que corrige un lubrificateur additionnel, posé à l'installation.
- « On perd beaucoup de puissance. » De l'ordre de quelques pour cent sur une installation correcte. Cela se sent en reprise, pas au quotidien.
En résumé : le GPL est intéressant pour un gros rouleur dont le trajet habituel croise une station qui en vend, et sans intérêt pour tous les autres. La question n'est pas le prix, elle est la carte.